Communauté mobilité : Pour un véritable service public du vélo populaire et de la mobilité durable

Lieu : Fort-de-France

Ce projet n’est pas a porté par une association.
Il est proposé directement à la collectivité comme un devoir de service public : celui de créer un espace public pérenne, gratuit, non marchand et non concurrentiel, dédié à la réparation, à la mise à disposition, à la revalorisation et à la transmission autour du vélo populaire. Ce projet existe déjà à travers notre action associative (Les Vélos Marin Martinique), mais nous savons, par l’expérience acquise sur le terrain, que nulle association ne peut durablement, éthiquement et efficacement porter un tel lieu.
Seules les institutions publiques , mairie, CACEM, CTM, Espace Sud … peuvent et doivent en assumer la continuité, la légitimité, l’ancrage local et l’éthique.
Objectifs du projet:
Créer un lieu stable, accessible et gratuit pour la réparation, le prêt, l’apprentissage et la transmission autour du vélo. Ce projet repose sur la création d’un atelier ouvert mais protégé, idéalement une zone couverte assez grande, à la fois technique, pédagogique et accessible. L’atelier ne doit pas être enfermé dans un local traditionnel, ni replié sur lui-même. Il doit au contraire incarner une philosophie d’ouverture totale : ouverture aux publics, aux circulations, aux idées, aux usages.
On peut imaginer une structure couverte, type grand carbet ou halle technique sans murs, avec une toiture adaptée au climat tropical (pluie, soleil, vent), garantissant à la fois protection et ventilation naturelle, mais sans cloisonner l’accès.
L’organisation spatiale de l’atelier peut être pensée en îlots ou en pôles thématiques ouverts, permettant une circulation fluide entre les différents espaces :
Des postes de réparation répartis en arc de cercle ou autour d’un espace central ;
Un noyau logistique au centre ou légèrement décentré, abritant le stock de vélos, de pièces détachées, d’outils communs et les zones de rangement ;
Des espaces techniques spécialisés (soudure, meulage, découpe, assemblage) sécurisés mais visibles, permettant à chacun de comprendre, d’apprendre, puis de manipuler progressivement les outils de fabrication.
L’enjeu est double : Créer un lieu ouvert et vivant, où chacun puisse venir, circuler, observer, participer ou transmettre ;
Et en même temps garantir un haut niveau de sécurité, par une organisation claire des zones, une signalétique lisible, des règles d’usage partagées et une montée en compétence progressive des personnes impliquées.
L’atelier ne se limite pas à la réparation. Il doit permettre, à moyen terme, de construire des objets roulants, de recycler des pièces, de fabriquer des remorques, des supports, des modules, voire d’innover dans des formes de mobilité adaptées au territoire. Ce sera donc aussi un lieu de micro-industrie artisanale low-tech, où l’on expérimente des solutions concrètes avec très peu de moyens, mais beaucoup d’ingéniosité.
Ce type d’aménagement simple mais réfléchi, sobre mais outillé est parfaitement réalisable à faible coût, et peut être conçu en partenariat avec les services techniques municipaux, des artisans locaux, ou dans le cadre de chantiers participatifs encadrés.
Traiter le vélo non comme un produit, mais comme une ressource publique , à l’instar de l’eau, des bibliothèques ou des trottoirs.
Soustraire le vélo populaire aux logiques de marché, d’événementiel, de subventions conditionnées ou de financement à court terme.
Assurer une gestion publique, locale, sans objectif de rentabilité, sans externalisation, sans précarisation des porteurs.
Les principes essentiels du projet
Pas de portage associatif
Nous refusons que ce projet soit confié à une association, y compris la nôtre.
Les structures associatives, même engagées, subissent les logiques de survie financière, de sous-traitance précaire et de dépendance aux appels à projets. Ce projet mérite une stabilité structurelle que seule une collectivité peut garantir.
Pas de marchandisation du vélo populaire
Ce lieu ne doit pas devenir un commerce ou une structure de valorisation économique : ni location, ni revente, ni sélection des « meilleurs » vélos.
Le vélo populaire est un outil du quotidien, et non un objet de désir, de performance ou d’élitisme. Il doit demeurer une ressource de base, gratuite, disponible, et transmise.
Nous ne demandons aucun financement ponctuel.
Ce projet appelle une intégration structurelle dans les missions ordinaires d’une collectivité : service technique, mission mobilité, ou régie municipale.
Proposition concrète pour Fort-de-France et la CACEM
Dans le cadre de l’appel à projet de la CACEM, nous proposons que la ville de Fort-de-France, ou toute entité compétente au sein de la communauté d’agglomération, mette en œuvre :
La mise à disposition d’un local public (entre 60 et 1000 m²), non marchand, couvert, aéré, sécurisé et accessible ;
L’assurance des besoins logistiques de base : électricité, eau, accès, assurance ;
La gestion confiée non à une association, mais à une régie municipale, un service public de proximité, ou un projet d’insertion non lucratif ;
L’ouverture du lieu au public, dans une logique d’accueil, de transmission et d’autonomie, sans monétisation des services.
Un changement de regard sur la mobilité et l’action publique
Ce projet est une invitation à penser autrement les politiques publiques locales.
Il ne s’agit pas simplement d’accompagner une initiative citoyenne, mais de reconnaître que certaines initiatives sont trop essentielles pour être abandonnées aux seuls citoyens. Le vélo populaire , outil de mobilité, d’écologie, de lien social, d’autonomie , mérite un véritable statut public, au même titre que les bancs publics ou les fontaines.
Dans une ville comme Fort-de-France, un atelier vélo municipal, ouvert et gratuit, serait un lieu d’apprentissage, de dignité et de solidarité partagée.
Un levier concret pour la transition
Ce projet s’inscrit pleinement dans les objectifs de la CACEM :
Il agit sur la mobilité douce, de manière durable et structurante ;
Il permet une réduction des déchets grâce à la réparation et à la réutilisation ;
Il favorise une transition écologique à échelle humaine, concrète, locale, non idéologique ;
Il répond à des besoins sociaux immédiats (mobilité des jeunes, économie de moyens, inclusion) ;
Il met en valeur les gestes manuels, les savoir-faire populaires, trop souvent dévalorisés.
Un projet éthique, structuré, ouvert et contrôlé
Même si ce projet ne relève pas d’un cadre associatif, il nécessite une rigueur équivalente, voire supérieure, en termes d’engagement, de responsabilité et de clarté des objectifs.
À l’image d’un projet associatif, ce lieu devra être porté par un document de référence clair et contraignant, incluant une charte d’éthique et un projet opérationnel formalisé, signé par les responsables institutionnels concernés.
Cette charte devra :
Définir les valeurs fondatrices du lieu : gratuité, sobriété, non-marchandisation, accueil inconditionnel, transmission des savoirs, refus de la sélection des publics et des objets ;
Énoncer les finalités écologiques, sociales et culturelles du projet ;
Préciser les règles de fonctionnement, les principes d’ouverture, de neutralité politique et d’égalité d’accès ;
Et poser des limites claires, pour éviter toute dérive vers des formes déguisées de commerce, de valorisation économique ou de récupération institutionnelle.

Mais cette rigueur n’interdit ni la souplesse, ni l’expérimentation.
Au contraire, ce lieu devra aussi être un espace vivant, évolutif, capable d’accueillir toutes les formes de mobilité durable low-tech, voire de contribuer à leur invention : vélos cargos, vélos recyclés, remorques, rollers, trottinettes mécaniques, prototypes manuels, etc.
Il s’agira donc d’un laboratoire ouvert, mais encadré par une charte exigeante, où la créativité populaire est encouragée, tant qu’elle respecte les fondements non marchands et éthiques du lieu.
Là où une association agit sous la forme de statuts et d’une gouvernance interne, ce projet public devra s’appuyer sur un document de mission clair, assumé par la collectivité, contrôlable et révisable régulièrement, afin que le sens initial ne soit jamais dévoyé. C’est donc un équilibre à tenir :
liberté des usages, mais rigueur des principes ; expérimentation ouverte, mais balisée par l’éthique ; autonomie populaire, mais avec des garde-fous publics.
C’est ce que permet précisément une gestion publique directe, déliée des contraintes du marché, mais tenue à une responsabilité démocratique devant les citoyens.
Nous ne demandons pas une subvention, mais un engagement politique clair :
Reconnaître que le vélo populaire n’est pas un gadget technologique ni un prétexte médiatique, mais une part essentielle de la vie quotidienne, et qu’il mérite un lieu public, pérenne, gratuit et digne.
Les Vélos Marin Martinique

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